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Droit à l'oubli et intelligence artificielle : vos droits en CURRENT_YEAR
Il y a quelques mois, un client cadre dirigeant m'a contacté. Son nom apparaissait dans les réponses de ChatGPT, associé à une ancienne mise en cause réglementaire classée sans suite, ressortie par l'IA plusieurs années après les faits dans un contexte totalement déformé. Il n'y avait aucun article récent à déréférencer, aucun post de réseau social à signaler. L'information venait de l'intérieur du modèle lui-même, incorporée pendant l'entraînement à partir de sources disparates. Cette situation m'a confronté à une question que je n'avais pas encore eu à traiter sérieusement : comment exercer un droit à l'oubli face à une intelligence artificielle ?
Récemment en ligne
Votre nom apparaît dans les réponses de ChatGPT. L’IA vous associe à des informations que vous n’avez jamais rendues publiques, à une affiliation professionnelle que vous avez quittée depuis trois ans, ou à une affaire que vous pensiez enterrée. Vous ne cherchez pas un article à signaler ou un résultat Google à déréférencer : le contenu vient de l’intérieur du modèle, généré en temps réel à partir de données que vous ne pouvez ni localiser ni supprimer d’un clic.
C’est une catégorie de problème de réputation entièrement nouvelle. Les droits pour y faire face existent, mais leur exercice face aux IA suit des règles différentes de ce que la plupart des gens connaissent.
Analyser mon dossier gratuitementPourquoi l’IA pose un problème de réputation fondamentalement différent
Contenu généré, pas contenu indexé
La gestion de réputation en ligne classique repose sur un principe simple : identifier la source du contenu problématique, contacter le responsable, demander la suppression, et si refus, demander à Google de déréférencer le lien. Le processus est linéaire, avec des interlocuteurs identifiables à chaque étape.
Les IA génératives brisent ce modèle en profondeur.
Quand ChatGPT mentionne votre nom, il ne récupère pas une page web spécifique. Il produit du texte à partir de patterns statistiques absorbés pendant l’entraînement sur des milliards de documents. La “source” n’est pas une URL : c’est une combinaison pondérée de milliers de textes que le modèle a intégrés avant sa mise en service. Supprimer un article en particulier ne changera pas nécessairement ce que l’IA génère à votre sujet.
Les hallucinations et leur impact réel
Les systèmes d’IA produisent régulièrement des informations plausibles mais factuellement incorrectes, ce que le secteur appelle des “hallucinations”. Quand ces informations incorrectes concernent des personnes réelles, l’impact est direct : réputation professionnelle ternie, candidatures compromises, relations commerciales altérées.
Un journaliste ou un blogueur peut être tenu responsable d’une erreur et procéder à une correction. Un modèle d’IA n’a pas de responsabilité éditoriale et ne traite pas les corrections en temps réel.
La propagation via les usages tiers
Les entreprises, développeurs et particuliers utilisent les API des IA pour construire leurs propres applications. Une information que ChatGPT génère sur vous aujourd’hui peut se retrouver incorporée demain dans des dizaines de produits dérivés : outils de screening RH, plateformes d’intelligence concurrentielle, générateurs de contenu automatisés. Le potentiel de propagation est exponentiellement supérieur à une seule page web.
Vos droits juridiques face aux IA en CURRENT_YEAR
Le RGPD s’applique, sans exception géographique
Le Règlement (UE) 2016/679, dit RGPD, s’applique à tout traitement de données personnelles concernant des personnes situées dans l’Union européenne, quelle que soit la localisation du responsable de traitement. OpenAI, Google, Meta, Mistral AI : tous sont soumis au RGPD pour leurs systèmes déployés en Europe.
Quatre articles sont particulièrement pertinents dans le contexte de l’IA générative :
Article 15 : droit d’accès. Vous pouvez demander au développeur d’IA de confirmer si vos données personnelles sont traitées, et d’en obtenir une copie. C’est souvent la première démarche : elle permet de documenter la situation et de créer un point d’appui formel avant d’aller plus loin. Le responsable de traitement a un mois pour répondre.
Article 16 : droit de rectification. Si les informations générées par l’IA à votre sujet sont incorrectes (biographie erronée, attribution de déclarations que vous n’avez pas faites, confusion d’identité avec une autre personne), vous pouvez demander leur correction. Ce droit est sous-utilisé dans le contexte IA, mais souvent plus adapté que l’effacement pur quand l’enjeu est une information inexacte plutôt qu’une information privée.
Article 17 : droit à l’effacement. C’est le “droit à l’oubli” au sens propre. Il vous autorise à demander la suppression de vos données personnelles lorsque leur traitement n’a plus de base légale valide : absence de consentement, données qui ne sont plus nécessaires à la finalité initiale, traitement manifestement illégitime.
Article 21 : droit d’opposition. Vous pouvez vous opposer au traitement de vos données personnelles pour des raisons tenant à votre situation particulière. Les développeurs d’IA justifient souvent l’entraînement sur des données publiquement accessibles par l’intérêt légitime, ce qui ouvre un droit d’opposition formel que vous pouvez exercer en invoquant le préjudice concret causé par ce traitement.
L’EU AI Act : le cadre réglementaire qui se met en place
Le Règlement (UE) 2024/1689, dit EU AI Act, adopté en mars 2024 et entré en vigueur en août 2024, introduit des obligations spécifiques pour les systèmes d’IA avec un calendrier progressif :
- Depuis février 2025 : interdiction des pratiques d’IA à risques inacceptables (manipulation comportementale, notation sociale, etc.)
- Depuis août 2025 : obligations de transparence et d’évaluation des risques pour les modèles d’IA à usage général (GPAI), comme ChatGPT, Gemini, Copilot et Mistral Grand
- À partir d’août 2026 : obligations complètes pour les systèmes d’IA à haut risque (recrutement, scoring de crédit, accès aux services publics)
Les obligations GPAI en vigueur depuis 2025 imposent notamment la documentation des données d’entraînement et des politiques respectueuses du droit d’auteur. Ces obligations créent indirectement une base nouvelle pour les demandes RGPD : vous pouvez désormais exiger de savoir non seulement quelles données vous concernant ont été traitées, mais aussi dans quel corpus d’entraînement elles figuraient.
Note : Ce guide ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Chaque situation est différente. Si votre cas implique une infraction pénale (diffamation, usurpation d’identité, harcèlement), consultez un avocat spécialisé en droit numérique.
Les quatre situations qui justifient une démarche
Toutes les mentions de votre nom dans une IA ne nécessitent pas une action juridique. Voici les cas où une démarche est justifiée et susceptible d’aboutir.
Hallucination préjudiciable. L’IA génère des informations fausses vous concernant : une infraction que vous n’avez pas commise, un poste que vous n’avez jamais occupé, une affiliation politique que vous ne revendiquez pas, ou des déclarations inventées. C’est le cas le plus fréquent, et celui pour lequel l’article 16 (rectification) est souvent plus efficace que l’effacement complet.
Données personnelles sensibles. L’IA mentionne des données de santé, des convictions religieuses ou politiques, une orientation sexuelle, une origine ethnique, ou toute donnée de la liste de l’article 9 du RGPD. Ces catégories bénéficient d’une protection renforcée et la base légale de leur traitement par une IA est particulièrement difficile à établir.
Informations devenues obsolètes. Une ancienne procédure judiciaire classée sans suite, une faillite d’entreprise soldée depuis dix ans, un incident professionnel résolu. Le RGPD prévoit explicitement que les données ne doivent pas être conservées au-delà de leur finalité. Une IA qui ressort une information datée sans contextualisation peut violer ce principe.
Confusion d’identité. ChatGPT mélange des informations vous concernant et celles d’une autre personne portant le même nom ou exerçant le même métier. Gemini vous attribue la carrière, les déclarations ou les antécédents de quelqu’un d’autre. Ce type d’erreur par homonymie est fréquent et ouvre un droit de rectification solide.
Comment soumettre une demande d’effacement à une IA
Étape 1 : documenter ce que l’IA génère à votre sujet
Avant de rédiger votre demande, constituez un dossier documentaire solide. Interrogez les principales IA (ChatGPT, Gemini, Mistral, Microsoft Copilot) avec votre nom complet, en variant les formulations. Faites des captures d’écran datées. Notez précisément les informations incorrectes, les données sensibles exposées, et les contextes préjudiciables. Ce dossier sera la pièce maîtresse de votre demande RGPD.
Étape 2 : identifier le Délégué à la Protection des Données (DPO)
Chaque responsable de traitement soumis au RGPD doit désigner un DPO accessible. Cherchez les mentions légales, la politique de confidentialité, ou les pages “Privacy” / “RGPD” du développeur concerné. La demande doit être adressée par écrit (un email suffit) avec vos coordonnées complètes pour identification. Une copie de pièce d’identité en pièce jointe accélère le traitement.
Point notable pour les résidents français : Mistral AI est une société française, basée à Paris, directement sous la compétence de la CNIL. C’est l’interlocuteur le plus accessible si vous cherchez à tester la procédure ou si l’IA incriminée est Mistral.
Étape 3 : rédiger la demande
C’est l’étape la plus délicate. Une demande RGPD mal rédigée est la raison principale pour laquelle ces démarches n’aboutissent pas : article mal choisi, fondement juridique absent, faits non qualifiés, ou pièces jointes insuffisantes. Les équipes DPO des grands développeurs d’IA reçoivent des centaines de demandes par semaine et traitent en priorité celles qui sont précises et correctement fondées.
Une demande solide doit identifier le bon article du RGPD selon la situation (article 16 pour une rectification, article 17 pour un effacement, article 21 pour une opposition), qualifier juridiquement le préjudice subi, joindre les captures d’écran documentant les outputs problématiques, et formuler une demande claire quant au résultat attendu.
NetClearer prend en charge la rédaction et la soumission de cette demande. Contrairement à LinkedIn, qui exige que la personne concernée écrive directement, les demandes RGPD adressées aux DPO peuvent être soumises par un mandataire — ce qui est précisément notre rôle.
Nous confier votre dossierCe qui se passe en coulisses : pourquoi c’est techniquement différent
Il est important de comprendre pourquoi les développeurs d’IA ne peuvent pas simplement “effacer” une donnée comme on supprimerait un fichier. Un modèle d’IA entraîné est une structure mathématique de milliards de paramètres. Les données individuelles ne sont pas stockées explicitement : elles sont distribuées dans ces paramètres pendant l’entraînement.
L’effacement au sens strict impliquerait de réentraîner le modèle en excluant vos données, une opération coûteuse qui ne se pratique pas sur demande individuelle. Ce que les développeurs peuvent faire, c’est appliquer des filtres sur les sorties pour empêcher la génération de contenu vous concernant. C’est ce qu’une demande RGPD aboutie obtient en pratique : pas un effacement parfait, mais l’équivalent fonctionnel du droit à l’oubli, juridiquement suffisant.
Demandez quelles données vous concernant sont traitées par l'IA
Exigez la correction des informations inexactes générées
Demandez la suppression de vos données du système d'IA
Recours si l’IA refuse ou ne répond pas
La CNIL : le levier le plus concret en France
Le RGPD accorde un délai d’un mois au responsable de traitement pour répondre à votre demande, prorogeable à trois mois pour les cas complexes. Sans réponse dans ce délai, ou face à un refus non motivé, vous pouvez saisir la CNIL.
La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés dispose de pouvoirs d’enquête réels : elle peut demander à un développeur d’IA de documenter ses pratiques, imposer des mesures correctives, et prononcer des amendes. Elle coordonne son action avec les autres autorités européennes de protection des données, ce qui est particulièrement pertinent pour des acteurs américains comme OpenAI. L’Italie a temporairement suspendu ChatGPT en 2023 sur cette base, forçant OpenAI à modifier ses pratiques pour les utilisateurs européens.
Le délai de traitement d’une plainte est de plusieurs semaines à plusieurs mois selon la complexité. La saisine de la CNIL est à envisager en parallèle d’autres démarches, pas comme seule ligne d’action.
Le déréférencement Google : une action complémentaire immédiate
Si les informations générées par l’IA proviennent d’articles, de profils ou de pages web indexés par Google, une demande de déréférencement peut réduire significativement l’exposition globale, et ce dès maintenant. En retirant les sources des résultats de recherche, on prive indirectement l’IA des documents qui pourraient alimenter ses réponses lors de prochaines mises à jour.
Notre guide sur comment contacter Google pour supprimer un contenu détaille les critères d’acceptation de Google et les erreurs fréquentes à éviter dans votre demande. Si votre situation implique une exposition numérique plus large (plusieurs plateformes, données dispersées sur de nombreux sites), notre article sur comment effacer ses traces et disparaître d’internet couvre la démarche globale.
Le signalement DSA comme levier additionnel
Le Digital Services Act (DSA), en vigueur dans l’Union européenne, oblige les grandes plateformes à mettre en place des mécanismes de signalement de contenus illicites. Si une IA est accessible via une interface web grand public (ce qui est le cas de la plupart des chatbots), le signalement DSA peut constituer un point de pression complémentaire auprès des équipes conformité, en parallèle de la demande RGPD.
Ce que l’EU AI Act change concrètement en 2025-2026
Ce qui s’applique depuis août 2025
Les développeurs de modèles d’IA à usage général (GPAI) doivent désormais :
- Publier un résumé suffisamment détaillé des données d’entraînement utilisées
- Respecter la législation sur le droit d’auteur dans leurs pratiques de collecte de données
- Évaluer et atténuer les risques systémiques de leurs modèles, y compris la génération de contenu incorrect sur des personnes réelles
Cette obligation de documentation crée indirectement une base nouvelle pour les demandes RGPD : vous pouvez exiger de savoir non seulement si vos données ont été traitées, mais aussi dans quel corpus d’entraînement elles figuraient. C’est un levier supplémentaire que la plupart des demandes ignorent encore.
Ce qui entre en vigueur à partir d’août 2026
Les systèmes d’IA dits “à haut risque”, notamment ceux utilisés dans le recrutement, le scoring de crédit, l’accès aux services publics, l’éducation ou l’application de la loi, seront soumis à des obligations renforcées : documentation complète, supervision humaine, droit d’explication des décisions automatisées.
Si vous êtes victime d’une décision automatisée prise par un système d’IA dans ces domaines (refus d’embauche, scoring défavorable, accès restreint à un service), l’article 22 du RGPD et l’EU AI Act se combinent pour vous donner droit à une intervention humaine et à une explication de la décision.
Ce qui reste en construction en CURRENT_YEAR
L’EU AI Act ne crée pas encore de droit spécifique contre les hallucinations d’IA générales. La jurisprudence européenne en matière de “droit à l’oubli IA” se constitue progressivement, plainte par plainte, décision par décision. C’est une raison de plus pour constituer des dossiers solides dès maintenant : les premières décisions font jurisprudence et influencent les pratiques de l’ensemble du secteur.
Ce que NetClearer peut faire pour vous
Exercer ses droits RGPD face à une IA demande une préparation minutieuse que peu de personnes ont le temps ou les outils de mener seules. NetClearer prend en charge l’ensemble du processus : documentation des outputs d’IA à votre sujet, identification du bon interlocuteur (DPO), rédaction d’un argumentaire juridique adapté à votre situation précise, et suivi de la demande jusqu’à sa résolution.
Si votre situation implique également des contenus indexés sur les moteurs de recherche, notre service de déréférencement traite la demande Google en parallèle de la démarche IA. Commencez par notre audit d’exposition gratuit pour mesurer l’impact réel de votre présence dans les IA et sur le web avant de définir la stratégie adaptée.
Questions fréquentes sur le droit à l’oubli et l’intelligence artificielle
Oui, dès lors qu’elles traitent des données personnelles de résidents européens. OpenAI, Google et Meta sont soumis au RGPD pour leurs systèmes d’IA déployés en Europe. La CNIL et les autorités de protection des données de l’UE ont compétence directe. En cas de non-conformité, des amendes pouvant atteindre 4 % du chiffre d’affaires mondial s’appliquent. C’est un levier significatif pour des entreprises de la taille d’OpenAI ou Google.
Le droit à l’oubli face aux IA en CURRENT_YEAR est réel, mais il demande méthode et persévérance. La réglementation européenne, RGPD et EU AI Act, fournit des outils solides à condition de les mobiliser correctement, face aux bons interlocuteurs, avec un argumentaire adapté à la situation. Chaque demande bien constituée aujourd’hui contribue à construire la jurisprudence de demain dans un domaine juridique encore en formation.
Si votre nom apparaît dans une IA avec des informations incorrectes ou préjudiciables, ne laissez pas la situation s’enraciner. Transmettez-nous votre dossier pour une analyse gratuite.
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