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Revenge porn : que faire si vos images intimes sont diffusées
J'accompagne des victimes de diffusion non consentie depuis 2019, et je constate toujours la même chose : les premières heures décident de beaucoup, et presque personne ne sait quoi en faire. Cet article n'est pas un argumentaire commercial. C'est ce que je dis au téléphone à quelqu'un qui vient de découvrir ses images en ligne, y compris quand la réponse est qu'il n'a pas besoin de moi.
Récemment en ligne
Vos photos ou vos vidéos intimes se retrouvent en ligne sans votre accord. Ce qui suit décrit ce que prévoit la loi française, ce que valent réellement les démarches gratuites, et ce qui reste possible quand elles ne suffisent pas.
Il n’y a pas de tarif ni d’argumentaire dans cet article. Les prestations sont décrites ailleurs, et une partie des personnes qui lisent ces lignes n’en aura pas besoin.
Les premières heures décident de beaucoup
C’est la partie que les gens ratent le plus souvent, parce que la réaction naturelle est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire.
Ne supprimez rien
Le premier réflexe est de fermer les comptes, d’effacer les conversations, de faire disparaître tout ce qui rappelle la relation. C’est compréhensible et c’est une erreur : ces échanges sont précisément ce qui établit qui a diffusé, quand, et sans quel accord.
Conservez les messages, y compris les plus pénibles à relire. Conservez les menaces, si menaces il y a eu. Ce sont eux qui font la différence entre un dossier solide et une affaire classée.
Relevez les adresses avant de signaler
Notez l’adresse exacte de chaque page, faites des captures montrant l’URL et la date, et notez l’heure à laquelle vous avez constaté les faits. Une capture qui ne montre pas l’adresse a beaucoup moins de poids qu’une capture qui la montre.
En matière pénale, l’article 427 du Code de procédure pénale pose la liberté de la preuve : les faits s’établissent par tout moyen, et le juge en apprécie la valeur. Vos captures comptent donc, à condition d’être précises. Si le dossier est destiné à aller devant un tribunal, un constat de commissaire de justice, l’ancien huissier, rend cependant votre preuve nettement plus difficile à contester. Cela a un coût, et ce n’est utile que si vous engagez une action judiciaire : pour un simple retrait, des captures rigoureuses suffisent.
Ne répondez pas à l’auteur
Ni pour négocier, ni pour menacer, ni pour comprendre. Un échange après les faits est régulièrement utilisé pour prétendre à un accord tacite, et une réponse maladroite peut retourner un dossier. Si l’auteur vous contacte, conservez le message et n’y répondez pas.
Ce que la loi française prévoit réellement
L’article 226-2-1 du Code pénal
La loi ne connaît pas l’expression revenge porn. Le texte central est l’article 226-2-1 du Code pénal, créé par la loi du 7 octobre 2016, qui punit de deux ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende. Encore faut-il savoir lequel de ses deux alinéas s’applique, car ils ne décrivent pas la même situation.
Les images que vous aviez acceptées
C’est le cas le plus fréquent, et c’est le second alinéa qui le vise. Il réprime le fait de porter à la connaissance du public ou d’un tiers, sans l’accord de la personne pour la diffusion, des paroles ou des images à caractère sexuel obtenues avec le consentement exprès ou présumé de la personne, ou par elle-même.
Autrement dit, la loi a été écrite précisément pour la situation où vous aviez consenti à la prise de vue. Avoir accepté d’être filmé, ou avoir envoyé une photo vous-même, ne protège en rien celui qui la diffuse ensuite. C’est la question que l’on me pose le plus souvent au téléphone, et la réponse est toujours la même : votre consentement d’alors ne vaut pas consentement à la diffusion.
Les images prises à votre insu
Quand la captation elle-même n’a pas été consentie, l’infraction se lit avec les articles 226-1 et 226-2, qui répriment l’atteinte à l’intimité de la vie privée par captation ou enregistrement dans un lieu privé. La diffusion s’y ajoute plutôt qu’elle ne s’y substitue.
Les images fabriquées
Beaucoup de sites citent encore l’article 226-8, qui vise le montage en général. Depuis le 23 mai 2024, un texte propre existe : l’article 226-8-1 du Code pénal, créé par la loi du 21 mai 2024, réprime la diffusion sans consentement d’un montage à caractère sexuel et celle d’un contenu visuel ou sonore à caractère sexuel généré par un traitement algorithmique reproduisant l’image ou les paroles d’une personne.
Les deepfakes y sont donc nommés. La peine est de deux ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende, portée à trois ans et 75 000 € lorsque la diffusion a lieu au moyen d’un service de communication au public en ligne, ce qui est le cas de la quasi-totalité des situations. Ce n’est ni votre corps ni votre voix, mais le préjudice est le même et le texte le reconnaît.
Dans les trois cas, le mobile de vengeance n’est jamais une condition.
Ce qui relève d’autres textes
Toutes les situations ne relèvent pas de cet article. La captation ou la diffusion, sans consentement, de l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé relève de l’article 226-1, puni d’un an d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, y compris lorsque les images n’ont pas de caractère sexuel. Le montage donnant à croire à des propos ou à des images qui n’ont pas été tenus ou prises relève de l’article 226-8. Les menaces de diffusion en échange de quelque chose relèvent du chantage.
Un mot sur une confusion que l’on lit souvent, y compris sous la plume de professionnels. La loi n° 2024-247 du 21 mars 2024 est parfois citée comme un renforcement de la protection des victimes de diffusion non consentie. Ce n’est pas son objet : elle s’intitule loi renforçant la sécurité et la protection des maires et des élus locaux, et elle aggrave les peines de l’article 226-1 lorsque la victime est un élu, un candidat, un dépositaire de l’autorité publique ou un membre de leur famille. Elle est sans effet pour la majorité des victimes.
La responsabilité de l’hébergeur
C’est le levier le plus efficace et le moins connu. La loi pour la confiance dans l’économie numérique prévoit que l’hébergeur d’un contenu manifestement illicite engage sa responsabilité s’il ne le retire pas promptement après avoir été régulièrement notifié.
Deux mots comptent dans cette phrase. Manifestement illicite, ce qu’une diffusion d’images intimes sans consentement est de façon assez évidente. Et régulièrement notifié, ce qui suppose une notification comportant des mentions précises. Une notification mal formée ne fait pas courir cette responsabilité, et c’est la raison pour laquelle beaucoup de demandes envoyées seul restent sans effet.
Les recours gratuits et ce qu’ils valent
Ils existent, ils sont réels, et ils méritent d’être tentés avant tout le reste. Ils ont aussi des limites précises qu’il vaut mieux connaître d’avance.
Le signalement aux plateformes
Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube disposent tous d’une procédure dédiée aux images intimes non consenties, distincte du signalement ordinaire. Utilisez celle-là, pas le bouton générique : elle est traitée par des équipes différentes et beaucoup plus vite.
Ce qui fonctionne : une demande précise, une seule, avec les adresses exactes et l’indication que vous êtes la personne représentée. Ce qui échoue : les signalements multiples envoyés par plusieurs proches, qui font parfois basculer le dossier dans le traitement automatisé.
StopNCII et l’empreinte numérique
StopNCII est un dispositif gratuit qui fonctionne par empreinte. Le calcul se fait sur votre appareil, et seule l’empreinte est transmise : les images ne quittent pas votre téléphone. Les plateformes partenaires bloquent alors les republications correspondantes.
Les conditions sont strictes. Il faut être la personne représentée, avoir dix-huit ans au moment de la prise comme aujourd’hui, et détenir encore le fichier.
Les limites sont tout aussi nettes, et c’est ce que l’on vous dira rarement. Le dispositif ne vaut que chez les plateformes partenaires. Il ne fait rien contre un site pornographique qui n’en est pas, contre un hébergeur situé hors d’Europe, contre un canal de messagerie fermé, ni contre les résultats de recherche qui pointent vers ces pages. C’est un excellent verrou préventif, ce n’est pas un outil de retrait.
Le portail PHAROS
Le portail officiel de signalement, sur internet-signalement.gouv.fr, transmet les contenus illicites aux services d’enquête. Des policiers et des gendarmes y sont affectés, ils vérifient la qualification et peuvent contacter l’hébergeur ou la plateforme pour demander le retrait : le bilan de la plateforme fait état de 67 295 contenus retirés à la source sur le seul second semestre 2023, dans la catégorie des atteintes sexuelles sur mineurs, après demandes de retrait ou de limitation de visibilité.
Ce qu’il faut en attendre, et ne pas en attendre. C’est d’abord un signalement aux autorités, dont les suites dépendent de la qualification retenue et des priorités du moment. Il ne remplace pas une demande de retrait adressée directement à l’hébergeur, il ne traite pas l’urgence, et il ne vous rend pas compte de ce qui a été fait. Signalez, puis engagez la démarche de retrait sans attendre la réponse.
Deux limites de périmètre, rarement précisées. PHAROS traite les contenus accessibles à tous les internautes : un message intime reçu dans une messagerie privée, ou envoyé par une personne que vous identifiez, relève d’un dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie, pas du portail. Et en cas de danger immédiat, c’est le 17 qu’il faut appeler.
Les numéros d’aide
Le 3018 est le numéro national contre le harcèlement et les violences numériques, gratuit et confidentiel, géré par l’association e-Enfance. Il a remplacé le 3020 au 1er janvier 2024 et s’adresse aux mineurs et aux jeunes majeurs. Il dispose d’une ligne directe avec les grandes plateformes et obtient des retraits rapides.
Si vous êtes majeur et que le 3018 ne vous concerne pas, le 116 006 est le numéro national d’aide aux victimes d’infractions, sans condition d’âge. Il oriente vers une association d’aide aux victimes ou vers un service spécialisé.
Ce sont, dans mon expérience, les recours gratuits les plus efficaces sur les réseaux sociaux, et ils sont largement sous-utilisés.
Pourquoi ces démarches échouent souvent
Trois causes reviennent, et aucune ne tient à l’insistance.
Le contenu est hébergé hors d’atteinte, sur un site dont l’éditeur ne répond à aucune notification. La demande est adressée au mauvais interlocuteur, l’éditeur plutôt que l’hébergeur, ou l’inverse. Enfin, le retrait est obtenu à la source mais la page reste des semaines dans les résultats de recherche, parce que personne n’a demandé le déréférencement, qui est une démarche distincte.
Porter plainte : ce que cela fait et ce que cela ne fait pas
Portez plainte si vous le souhaitez. C’est légitime, cela vous ouvre des droits, et cela alimente des statistiques qui pèsent sur l’évolution du droit. Mais soyez lucide sur ce que cela produit.
Une plainte poursuit l’auteur, elle ne retire pas le contenu. Les deux démarches sont indépendantes et n’ont ni le même calendrier ni la même finalité.
Les ordres de grandeur méritent d’être connus. Selon les données du ministère de la Justice relayées par la presse, 201 condamnations ont été prononcées en 2019 et 177 en 2020 pour ce délit, alors que plus de 3 000 plaintes étaient déposées. Plus récemment, plus de 12 000 plaintes ont été enregistrées en 2024 pour des faits de cyberharcèlement, de doxing ou de diffusion non consentie, en hausse de 47 % sur un an.
L’écart ne dit pas que la plainte est inutile. Il dit qu’attendre son issue pour agir sur les contenus revient à les laisser en ligne pendant des mois.
Faire retirer le contenu : les deux chemins
Il n’y en a que deux, et ils se mènent ensemble.
Le retrait à la source fait disparaître la page traitée. C’est le résultat le plus solide et c’est ce qu’il faut viser en premier, étant entendu qu’il ne préjuge pas des copies faites avant le retrait. Il dépend de l’éditeur ou de l’hébergeur, et il suppose une notification correctement formée pour engager la responsabilité prévue par la loi.
Le déréférencement laisse la page en ligne mais la retire des résultats associés à votre nom. C’est ce qui reste quand la source ne répond pas. Pour la plupart des personnes concernées, l’effet pratique s’en approche : celui qui cherche votre nom ne tombe plus sur la page. La réserve tient aux autres moteurs, aux variantes de requête et aux copies, que la section suivante détaille.
Trois précisions que l’on lit rarement. Le déréférencement porte sur des requêtes et non sur une page en général. Il faut le demander à Bing séparément, car une demande adressée à Google n’a aucun effet sur lui. Et il faut vérifier ensuite, parce qu’une demande acceptée n’est pas toujours appliquée sur toutes les variantes de votre nom.
Faire retirer une vidéo intimeSi les contenus concernés sont des photographies, la démarche est la même mais les interlocuteurs diffèrent : elle est détaillée sur la page consacrée à la suppression d’une photo sur Google. Si les images ont été fabriquées et ne sont pas les vôtres, il s’agit d’un montage, traité sur la page vidéo deepfake.
Quand le contenu réapparaît
Il faut s’y attendre plutôt que le découvrir. Un fichier téléchargé avant le retrait peut ressortir ailleurs des semaines plus tard, parfois sur des sites miroirs qui recopient automatiquement.
Cela ne signifie pas que le premier retrait n’a servi à rien. Chaque page retirée est une page qui ne remonte plus, et la republication se fait généralement sur des sites moins visibles que l’original. Mais cela signifie qu’une intervention unique traite un symptôme, pas la situation, et qu’une surveillance sur les semaines qui suivent a plus de valeur qu’un retrait isolé.
Ce qui aide à limiter le risque
Ces conseils ne valent que pour l’avenir, et ils n’ont aucune vocation à faire porter la responsabilité sur la personne visée. La responsabilité est du côté de celui qui diffuse.
Ce qui réduit réellement le risque tient en peu de choses. Limiter les éléments qui rendent identifiable, c’est-à-dire le visage, un tatouage, un décor reconnaissable. Éviter les sauvegardes automatiques vers un cloud partagé, qui sont la cause d’un nombre de fuites bien supérieur à ce que l’on imagine. Utiliser une messagerie chiffrée de bout en bout, en gardant à l’esprit qu’aucun chiffrement n’empêche le destinataire de faire une capture.
Et surtout, un signal qui vaut tous les autres : quelqu’un qui insiste pour obtenir des images, ou qui demande l’accès à vos comptes et à votre téléphone, indique déjà ce qu’il fera de ce que vous lui donnerez.
Où trouver du soutien
Beaucoup de victimes n’en parlent à personne. L’étude citée plus haut établit que 30,9 % des personnes concernées n’ont rien dit à qui que ce soit, ce qui est probablement le chiffre le plus lourd de tous ceux qui figurent dans cet article.
Le 3018 accompagne les mineurs et les jeunes majeurs au-delà du seul retrait, et son écoute est gratuite et confidentielle. Les victimes majeures relèvent du 116 006, numéro national d’aide aux victimes. Les associations d’aide aux victimes, présentes dans chaque département, orientent vers un accompagnement juridique et psychologique sans condition de ressources.
Un dernier mot sur un point qui revient dans presque tous les appels que je reçois. La honte que ressentent les victimes ne leur appartient pas. Elle appartient à celui qui a diffusé. Cela paraît évident écrit ainsi, et cela ne l’est jamais quand on est concerné.
À lire aussi
Pour comprendre l’ensemble des droits et des méthodes applicables à tout contenu nuisible, le guide sur la suppression de contenus négatifs couvre un périmètre plus large. Si les contenus proviennent d’un site de rencontre ou d’une plateforme pour adultes, la démarche repose sur le caractère sensible de la donnée et elle est détaillée sur la page suppression d’un profil de site de rencontre.
Sources
- Umbach, Henry et Beard, Prevalence and Impacts of Image-Based Sexual Abuse Victimization: A Multinational Study, CHI 2025, enquête menée auprès de plus de 16 000 adultes dans dix pays. Les taux de victimation y sont proches entre les femmes et les hommes ; ce sont les préjudices rapportés qui diffèrent, et les taux relevés en Europe figurent parmi les plus bas de l’échantillon.
- Ministère de la Justice, condamnations prononcées sur le fondement de l’article 226-2-1, données relayées par la presse nationale.
- Articles 226-1, 226-2-1 et 226-8-1 du Code pénal, loi n° 2016-1321 du 7 octobre 2016, loi n° 2024-449 du 21 mai 2024, loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique.
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